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La mise en conformité avec le CBAM pour les fabricants est désormais un problème de trésorerie

Bobines d'acier industriel européennes

Un lot d'acier éligible passe les formalités douanières de l'UE en 2026, entre dans une usine, suit le processus de production et peut être vendu avant même que l'importateur n'achète les certificats de carbone qui y sont associés. Ce décalage dans le calendrier constitue le principal problème de trésorerie lié à la mise en conformité avec le CBAM auquel sont désormais confrontés les fabricants. Cette obligation prend effet à compter du 1er janvier 2026, tandis que l'achat des certificats correspondant à ces importations intervient plus tard. Le coût peut donc être pris en compte dans les stocks, la tarification et les marges avant que le Trésor ne procède à son règlement.

Pour un directeur financier, le changement important ne réside pas dans l’ajout d’un champ supplémentaire dédié au reporting carbone. Le CBAM a instauré une obligation financière dont le déclenchement opérationnel et le règlement en espèces interviennent à des moments différents. L’entreprise doit savoir quelles importations ont généré une exposition et sur quelle base d’émissions celle-ci repose. Le service financier doit également déterminer où ce coût s’inscrit dans la rentabilité des produits avant que le paiement ne commence.

Le 1er janvier 2026, chaque importation éligible est devenue une donnée financière à prendre en compte pour les fabricants soumis au CBAM.

Le régime définitif du CBAM pour 2026 a modifié la séquence opérationnelle

Le régime définitif du CBAM 2026 est entré en vigueur le 1er janvier 2026, conformément à la Direction générale de la fiscalité et de l'union douanière de la Commission européenne, DG TAXUD. À compter de cette date, les importations concernées ont donné lieu à des obligations, notamment en matière d’autorisation, de déclaration des émissions et, à terme, d’achat et de restitution de certificats CBAM. Le règlement (UE) n° 2023/956 établissant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières constitue la base juridique, tandis que le règlement (UE) n° 2025/2083, qui simplifie et renforce le CBAM, fait partie intégrante du cadre actuel.

Ce mécanisme couvre actuellement six secteurs : le ciment, le fer et l'acier, l'aluminium, les engrais, l'électricité et l'hydrogène, sous réserve de la Codes NC figurant à l'annexe I du règlement (UE) 2023/956. La déclaration d'importation n'est donc plus seulement une déclaration douanière. Elle constitue également le point de départ d'une future obligation financière liée au carbone.

Trois questions de contrôle figurent désormais à la fin de chaque flux d'importation

1. Ces marchandises relevaient-elles du champ d'application de la CBAM et ont-elles été importées par l'entité juridique appropriée ?

2. Le déclarant CBAM agréé peut-il faire correspondre les registres TARIC et les registres douaniers nationaux avec le registre CBAM ?

3. Le service financier peut-il retracer cette importation dans la base de calcul des émissions, le coût du produit, la provision et l'éventuel achat de certificats ?

Le seuil de 50 tonnes ne donne pas lieu à la même exemption pour l'électricité ou l'hydrogène. DG TAXUD Il a été précisé avant le lancement que les importateurs dont les volumes dépassaient 50 tonnes dans les quatre secteurs basés sur la masse, ainsi que les importateurs d’électricité ou d’hydrogène, devaient avoir déposé une demande d’autorisation ou obtenu une autorisation. Les fabricants soumis au CBAM ont donc besoin que la logique des seuils soit liée au produit et à l’entité juridique concernés, et non intégrée dans une politique d’importation générique.

La facture arrive après la date de la dette économique

La DG TAXUD précise que les importateurs n'achètent pas de certificats pour leurs importations de 2026 au cours de l'année 2026. Les ventes via la plateforme centrale commune débuteront en Février 2027, y compris les certificats requis pour les importations de 2026. Les marchandises peuvent donc être importées, transformées, facturées à un client et générer des recettes avant que ne commence la sortie de trésorerie liée aux certificats CBAM correspondants.

Cette séquence modifie la problématique comptable et de contrôle. L’absence de facture certifiée en 2026 ne justifie pas de ne pas prendre en compte le coût avant 2027. Le service financier doit établir une logique de comptabilité d’exercice et de prévision autour des données douanières et d’émissions, et non autour de l’événement de paiement ultérieur. Sinon, les marges sur les produits peuvent sembler intactes alors que l’entreprise supporte une obligation future non affectée. Cet écart dissocie le coût du produit ou du client qui l’a généré.

L'échelle est déjà industrielle, et non plus expérimentale

La Commission européenne a indiqué qu'entre le 1er et le 6 janvier 2026, 1 655 613 tonnes de marchandises soumises au CBAM ont été enregistrées dans le système, le fer et l'acier représentant 98% de ce volume. Au cours de la même Communiqué de la DG TAXUD, la Commission a indiqué qu’au 7 janvier, plus de 12 000 opérateurs économiques avaient déposé une demande d’autorisation et que plus de 4 100 avaient obtenu le statut de déclarant agréé. Le régime définitif du CBAM pour 2026 s’applique donc déjà aux flux commerciaux industriels courants à une échelle significative.

CE Interim a publié un article précédent Article sur le CBAM destiné aux fabricants en septembre 2025, avant l’entrée en vigueur du régime définitif et des actes d’exécution qui régissent désormais les modalités de fonctionnement. Ce document reste utile pour le choix stratégique initial en matière de décarbonisation, de réorganisation de la chaîne d’approvisionnement ou de délocalisation, mais ses dispositions relatives à la mise en conformité antérieures à 2026 sont désormais remplacées par les règles définitives décrites ici.

Les prix trimestriels du carbone suffisent pour commencer à constituer des provisions

Le coût du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières est désormais mesurable

La Commission européenne a publié un Prix du certificat CBAM du 1er trimestre 2026 : 75,36 € au 7 avril 2026 et un Cours au 6 juillet 2026 : 75,28 €, au deuxième trimestre 2026. Le règlement d'exécution (UE) 2025/2548 de la Commission relatif à la tarification des certificats CBAM lie ce mécanisme aux prix des enchères du SCEQE. Au cours de En 2026, la Commission utilise quatre moyennes pondérées trimestrielles, puis passe à une tarification hebdomadaire à partir de 2027.

Ces prix ne constituent pas une réponse exhaustive en matière de coût au dédouanement, car des ajustements réglementaires continuent d’influencer la déclaration. Le règlement d’exécution (UE) n° 2025/2620 de la Commission relatif à l’ajustement lié à l’allocation gratuite s’inscrit dans ce calcul. Pour la direction, l’enjeu est plus précis : le coût du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières n’est plus une notion future incertaine. Le service financier dispose désormais d’informations suffisantes pour établir une provision rigoureuse et un modèle d’exposition au niveau des produits.

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Ce que les fabricants soumis à la CBAM doivent faire savoir aux services financiers avant l'achat du premier certificat

• Commencer par vérifier la concordance entre les quantités importées et la classification NC figurant dans les registres douaniers.

• Pour chaque flux de produits concerné, indiquer la base de calcul des émissions et sa source de données.

• Estimer les besoins en certificats CBAM et consigner les hypothèses de prix.

• Imputer le coût résultant du mécanisme d'ajustement aux frontières lié au carbone au produit, au client et à l'entité juridique concernés.

• Définir le calendrier du Trésor pour le financement des achats de certificats dès le début du règlement.

C'est cette même rigueur qui s'impose lorsque des tensions sur le fonds de roulement apparaissent dans d'autres secteurs de l'industrie manufacturière : la trésorerie devient difficile à maîtriser lorsque les décisions opérationnelles et les registres financiers divergent. L'analyse réalisée par CE Interim sur stabilisation du fonds de roulement décrit la même défaillance sous-jacente dans un contexte différent, où les stocks, les créances, les dettes et les décisions opérationnelles évoluent plus rapidement que la visibilité financière. Le CBAM ajoute à ce problème de contrôle un risque de trésorerie supplémentaire, qui touche plusieurs fonctions.

Les données relatives aux émissions des fournisseurs permettent de déterminer si cette disposition est défendable

Le règlement d’exécution (UE) 2025/2547 de la Commission relatif au calcul des émissions intégrées intègre les données d’émissions dans la chaîne opérationnelle sous-jacente à la déclaration. L’exploitant d’une installation située dans un pays tiers peut détenir les informations à la source. Un vérificateur accrédité peut alors relier les données de production au chiffre utilisé pour établir la conformité. Les obligations du déclarant au titre du CBAM s’étendent donc au-delà des propres systèmes de l’entreprise importatrice.

Cela a des implications pour les chaînes d’approvisionnement reliant la Turquie, la Chine et l’Inde à l’Allemagne et à la Roumanie. Le même problème se pose dans l’ensemble du corridor industriel d’Europe centrale et orientale. Les matières premières peuvent arriver à temps, tandis que les informations sur les émissions sont communiquées plus tard ou à un niveau erroné. Il peut également arriver que les données ne correspondent pas parfaitement au produit importé. La production peut se poursuivre alors que le service financier ne dispose toujours pas d’un relevé complet. La première anomalie peut donc apparaître au niveau des marges, des provisions ou du rapprochement de fin d’exercice, plutôt qu’à la sortie de l’usine.

Les passations de pouvoir comptent plus que l'organigramme

Les douanes savent ce qui a franchi la frontière. Le service des achats gère les relations avec les fournisseurs. Le service du développement durable peut être en charge du dossier des émissions, tandis que le directeur financier (CFO) ou le service de trésorerie gère les provisions et la liquidité. Les fabricants soumis à la conformité CBAM ont besoin d'un registre unique et harmonisé des importations et des émissions, couvrant l'ensemble de ces fonctions. Ces mêmes données doivent alimenter le registre CBAM, le calcul des coûts des produits, les décisions de tarification et, ultérieurement, le règlement des certificats.

En février 2027, cette estimation sera convertie en besoin de financement

Lorsque la vente des certificats débutera en Février 2027, le Trésor passe de l'estimation de l'exposition au financement et à l'exécution des achats. À ce stade, les produits concernés pour 2026 peuvent déjà avoir été vendus, les prix clients fixés et les marges contributives comptabilisées. Si le coût n'a pas été imputé auparavant, le paiement intervient après la décision commerciale qui l'a généré.

Les certificats CBAM relèvent donc du contrôle de trésorerie industriel habituel, et non d’un processus distinct lié au développement durable. Le service financier doit déterminer quelle entité juridique est redevable des certificats et quelles importations ont donné lieu à cette obligation. Il doit également assurer le suivi de l’hypothèse de prix provisionnée et du traitement commercial de ce coût. Ces informations doivent être disponibles avant que la Trésorerie ne procède à tout mouvement de trésorerie.

La tarification hebdomadaire augmentera la fréquence des contrôles à partir de 2027

La méthode de tarification de la Commission repose sur quatre moyennes pondérées trimestrielles pour l'année 2026 et des cours hebdomadaires à partir de 2027. Cet intervalle de tarification plus court renforce l'importance d'un registre d'exposition à jour. Le service de la trésorerie n'a pas besoin de fonctionner comme une table de négociation de quotas d'émission, mais il doit procéder à un rapprochement régulier entre les marchandises importées, les émissions, l'exposition aux quotas et la liquidité.

Le premier cycle de règlement constitue un test du modèle opérationnel de 2026

Au moment où l'achat de quotas sera en cours, le travail décisif devra déjà avoir été accompli au cours de l'exercice 2026. Le conseil d’administration doit avoir une vision claire de l’entité importatrice et du déclarant CBAM agréé. Il doit également savoir comment les équipes valident les données d’émissions, intègrent le coût dans le calcul du prix de revient des produits et le financent par le biais de la trésorerie. Si ces réponses relèvent de services distincts, les obligations du déclarant CBAM risquent de ne pas être gérées correctement malgré une attribution formelle des responsabilités.

La décision du conseil d'administration est de nature économique, et non administrative.

Pour certains fabricants, les décisions habituelles en matière d’approvisionnement et de tarification permettront de limiter ce risque. Pour d’autres, la pression sur les marges, une restructuration, un processus de cession ou une rationalisation des sites rendront le calcul plus serré. Un surcoût lié au carbone peut alors modifier la rentabilité d’un actif déjà sous pression. Dans ces situations, un directeur financier ou un directeur des opérations par intérim peut désigner un responsable opérationnel unique chargé de coordonner les services des douanes, des achats, des finances et de l’usine. Ce dirigeant peut assurer la ligne de contrôle pendant que la structure permanente se réorganise.

Le conseil d’administration doit encore déterminer ce que l’actif est en mesure de supporter sur le plan économique. Il peut absorber le coût ou le répercuter. Il peut restructurer le modèle d’exploitation, céder l’activité en quantifiant l’exposition au risque, ou fermer les capacités qui ne génèrent plus le rendement requis. Les fabricants soumis au CBAM ne peuvent pas reporter cette décision simplement parce que la sortie de trésorerie liée aux certificats intervient plus tard. La logique de la dette commence dès l’importation. La qualité du système de contrôle de 2026 montrera si les besoins de trésorerie finaux confirment le plan ou révèlent une marge qui n’a jamais existé.

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