Restructuration et redressement en Chine : Points de vue d'experts

Chez Valtus Alliance, la restructuration est toujours façonnée par les réalités locales - et nulle part ailleurs cela n'est plus évident qu'en Asie, où les cadres juridiques, la dynamique des parties prenantes et l'influence informelle se croisent.

Dans cette interview, Thaddaeus Mueller (partenaire de l'alliance Valtus) s'assoit avec Paul Mol (Directeur financier intérimaire et fondateur de Mol & Partners) pour explorer le fonctionnement des restructurations à Hong Kong, en Chine continentale et en Asie du Sud-Est - et ce qu'il faut faire pour réussir dans cet environnement.

Deux systèmes, deux réalités

Thaddaeus

En quoi le cadre de restructuration est-il unique en Chine et à Hong Kong ?

Paul

Hong Kong et la Chine continentale fonctionnent selon des systèmes fondamentalement différents.

Hong Kong suit un cadre de common law, similaire à celui du Royaume-Uni. Il est relativement structuré et axé sur les créanciers, la restructuration s'effectuant généralement par le biais de plans d'arrangement ou d'arrangements négociés. Toutefois, il n'existe pas de véritable modèle de débiteur en possession de ses biens ou de suspension automatique des poursuites, de sorte que le succès dépend fortement de la coopération des créanciers.

La Chine continentale est différente.

Elle opère dans le cadre de la loi sur la faillite des entreprises, qui est conceptuellement moderne mais appliquée de manière incohérente dans les différentes régions. Bien qu'il existe des programmes pilotes pour la pré-restructuration, ils sont encore en cours de développement et manquent de normalisation.

Plus important encore, la restructuration en Chine n'est pas purement juridique.

Les collectivités locales jouent souvent un rôle décisif, en particulier lorsque l'emploi ou la stabilité sociale sont en jeu. Les résultats juridiques sont influencés non seulement par les lois, mais aussi par les relations et la dynamique locale.

Protection formelle limitée, dépendance accrue à l'égard de la négociation

Thaddaeus

Existe-t-il des équivalents aux cadres de protection tels que StaRUG ou le chapitre 11 ?

Paul

Pas de la même manière.

À Hong Kong, les plans d'arrangement sont l'outil le plus proche. Ils requièrent l'approbation des créanciers et la sanction du tribunal, mais n'offrent pas de protection automatique. Les entreprises doivent s'assurer séparément une marge de manœuvre par des mesures légales.

En Chine continentale, il n'existe pas de cadre solide de pré-insolvabilité comparable aux systèmes européens.

Certains tribunaux ont expérimenté des mécanismes de pré-restructuration, mais ceux-ci sont incohérents et n'offrent qu'une protection limitée. Dans la pratique, la plupart des restructurations sont négociées de manière informelle avec les banques, les autorités et les principales parties prenantes.

Cela rend le processus flexible, mais aussi moins transparent et moins prévisible.

Protection des travailleurs et stabilité sociale

Thaddaeus

Comment les salariés sont-ils traités en cas d'insolvabilité ?

Paul

À Hong Kong, les employés sont relativement bien protégés. Ils sont traités comme des créanciers privilégiés et peuvent accéder à un fonds soutenu par le gouvernement pour récupérer les salaires impayés, dans certaines limites.

En Chine continentale, les réclamations des salariés ont également une priorité statutaire. Mais l'application de la loi varie considérablement.

En réalité, les salaires deviennent souvent une question sociale. Les autorités locales peuvent intervenir pour garantir le paiement des salaires, en particulier dans les grandes entreprises ou en cas de risque de troubles.

Assurer la rémunération des dirigeants intérimaires

Thaddaeus

Comment les managers de transition protègent-ils leur rémunération ?

Paul

Il s'agit d'une question de structure et de clarté.

À Hong Kong, les honoraires sont généralement garantis par des accords formels, souvent soutenus par des prêteurs ou par l'approbation du conseil d'administration.

En Chine, la situation est plus complexe. Les contrats ont tendance à être plus courts, basés sur des étapes et soigneusement structurés. Le soutien juridique est essentiel.

Si aucun fonds n'est réservé, ou si le processus traîne en longueur, il peut devenir difficile de se faire payer. C'est pourquoi nous structurons nos engagements avec beaucoup de soin dès le départ.

La puissance des réseaux dans l'exécution

Thaddaeus

Pouvez-vous décrire votre réseau de restructuration ?

Paul

Au fil du temps, j'ai construit un réseau dans les milieux juridiques, financiers et gouvernementaux.

Il s'agit d'avocats, d'auditeurs, de spécialistes de la restructuration, de secrétaires d'entreprise et de conseillers locaux. En Asie, et plus particulièrement en Chine, ce réseau est essentiel.

Il ne s'agit pas simplement de faire venir un individu. Il s'agit d'un accès à la connaissance, à l'influence et à la capacité d'exécution.

Dans de nombreux cas, l'influence informelle peut être plus importante que l'autorité formelle.

Collaboration : Structurée ou axée sur les relations

Thaddaeus

Quelle est l'efficacité de la collaboration entre les parties prenantes ?

Paul

À Hong Kong, elle est structurée et prévisible.

Les tribunaux sont fiables, les processus sont clairs et si les parties prenantes sont alignées, les choses peuvent avancer efficacement.

En Chine, la situation est différente.

La collaboration est moins institutionnalisée. Les banques, les autorités locales et les tribunaux jouent tous un rôle, mais pas toujours de manière formelle. Dans de nombreux cas, les négociations en dehors de la salle d'audience sont plus importantes que celles qui se déroulent à l'intérieur.

Le rôle des banques relationnelles

Les banques jouent un rôle central dans les deux systèmes, mais leur comportement diffère.

À Hong Kong, les banques peuvent agir en tant que partenaires, à condition qu'elles fassent confiance à l'entreprise et qu'elles croient au projet. En cas de perte de crédibilité, elles peuvent rapidement devenir des empêcheurs de tourner en rond.

En Chine, les banques adoptent souvent une position plus prudente, influencée par l'État. Elles peuvent s'aligner sur les régulateurs ou les priorités du gouvernement, ce qui rend essentiel un engagement précoce.

Si la communication est faible ou retardée, les situations s'aggravent rapidement.

L'implication du gouvernement : Sélective mais influente

Thaddaeus

Le gouvernement soutient-il les entreprises en crise ?

Paul

À Hong Kong, l'aide est limitée et généralement de courte durée.

En Chine, la participation du gouvernement est plus active, mais elle n'est pas garantie.

Les autorités locales peuvent intervenir pour protéger l'emploi ou la stabilité régionale. Il peut s'agir d'allègements fiscaux, d'assouplissement de la réglementation ou de facilitation des accords avec les banques.

Mais ce soutien est sélectif et varie fortement en fonction de la situation.

Le rôle du directeur financier intérimaire

Thaddaeus

Quel est le rôle d'un directeur financier intérimaire dans le cadre d'une restructuration ?

Paul

Dans les situations de crise, l'alignement est plus important que l'analyse.

Un directeur financier intérimaire apporte objectivité, rapidité et crédibilité. Son rôle consiste d'abord à comprendre les faits - flux de trésorerie, clauses restrictives, positions des créanciers - puis à passer rapidement à l'exécution.

La communication est tout aussi importante.

Vous devez aligner la direction locale, le siège, les banques, les auditeurs et les fournisseurs. En Asie, où les normes et les attentes en matière de reporting varient, cet alignement devient critique.

Vous avez besoin d'une personne capable de comprendre à la fois les chiffres et le contexte.

Perspective finale

Thaddaeus

Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de la restructuration en Asie ?

Paul

La structure est importante, mais le contexte l'est encore plus.

Chaque situation exige un équilibre différent entre la procédure juridique, la négociation et la compréhension culturelle.

La rapidité, le réalisme et la confiance sont universels.

Mais la façon de les atteindre, en particulier en Chine, dépend de la façon dont on navigue à la fois dans les systèmes formels et dans les dynamiques informelles.

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