En bref
Un directeur de site en Tchéquie ou en Pologne démissionne, et en l’espace d’une semaine, le groupe approuve des bons de commande qu’il n’a jamais vus auparavant. Cette réaction est raisonnable, et pendant une courte période bien définie, elle est généralement justifiée. La difficulté réside dans la manière dont le siège social gère la vacance de poste à la direction de la filiale une fois que cette situation perdure. Les décisions s'enlisent, les pouvoirs de décision transfrontaliers reviennent à la maison mère, et le site cesse de proposer quoi que ce soit. Il faut rétablir l'autorité au niveau du site plutôt que de la lui transférer.
Le facteur déclencheur : les décisions qui étaient auparavant prises sur place sont désormais prises au siège social
Un directeur d'usine démissionne en donnant un préavis de quatre semaines, ou ne revient pas de son congé maladie, et le groupe réagit comme le font la plupart des groupes. Le pouvoir de décision local en matière de dépenses est suspendu, les bons de commande dépassant un seuil modeste sont transmis à la maison mère, et le directeur des opérations du groupe met en place une réunion hebdomadaire avec les responsables fonctionnels du site. Chaque mesure est justifiable, et dans les premiers jours, ces décisions s’avèrent généralement judicieuses.
Ce qui change, c'est le volume. L'ancien directeur d'usine réglait les dépenses d'outillage, les horaires de travail, le remplacement d'un fournisseur et un arrêt pour maintenance, souvent avant même le déjeuner. Ces décisions ne disparaissent pas avec le départ de cette personne, et personne au siège n'a prévu de les prendre en charge. Elles arrivent les unes après les autres, alors que le siège est déjà débordé.
Le 25 septembre 2025, Robert Bosch GmbH a annoncé une nouvelle réduction des effectifs au sein de sa division « mobilité », tandis que ZF Friedrichshafen a annoncé, le 6 août 2025, la fermeture progressive de l'usine ZF Slovakia située à Detva, comme l'indique l'Observatoire européen des restructurations d'Eurofound. Les groupes menant des programmes de ce type ont mobilisé leurs responsables décisionnaires plusieurs mois à l’avance. Un site et ses décisions courantes entrent désormais en concurrence avec cet agenda.
Il est plus difficile d'évaluer la gestion des filiales par le siège social lorsque les frontières entrent en jeu
La maison mère ne prend pas de mauvaises décisions. Elle prend ses décisions en se basant sur les informations qu’elle reçoit plutôt que sur celles qu’elle constate. Un responsable de l’approbation au sein du groupe consulte un dossier mensuel, un tableau des écarts et un rapport d’exceptions, tous exacts et tous agrégés a posteriori. Le directeur d’usine qui est parti a lu les mêmes chiffres, mais il a également parcouru les chaînes de production, a constaté quelle machine surchauffait et savait quel chef d’équipe remplaçait un collègue en congé de longue durée. Cette deuxième série d’informations ne figure jamais dans un dossier de rapport, et c’est souvent elle qui détermine si une validation est justifiée.
Cette distance est également d’ordre structurel. Sur Statistiques FATS d'Eurostat sur les flux entrants En 2023, les entreprises sous contrôle étranger employaient 15,5 % des personnes actives dans l'économie d'entreprise de l'UE, avec des parts de 27,5 % en Tchéquie et de 26,9 % en Roumanie. Le Office fédéral allemand de la statistique Une synthèse de ces mêmes données indique que la part de la valeur ajoutée générée par des entreprises sous contrôle étranger s'élève à 50 % en Slovaquie et à 40 % en Tchéquie. Ces chiffres couvrent l'ensemble de l'économie d'entreprise et non pas uniquement le secteur manufacturier, mais ils décrivent une région où une grande partie de l'activité industrielle est dirigée depuis l'étranger.
Les droits de décision transfrontaliers ne relèvent pas de la responsabilité des parents
Le droit des sociétés ne considère pas une filiale comme une extension de la société mère, et la situation varie selon les pays et les formes juridiques. En vertu de l'article 37 de la GmbHG allemande, les actionnaires peuvent donner des instructions à un Geschäftsführer, tandis qu'en vertu de l'article 76 de l'AktG, le Vorstand d'une Aktiengesellschaft gère la société sous sa propre responsabilité. La loi tchèque sur les sociétés commerciales (loi n° 90/2012 Coll.) prévoit que nul ne peut donner d'instructions à un « jednatel » concernant la « obchodní vedení » en dehors d'un « koncern » formellement constitué, et que le devoir de « péče řádného hospodáře » incombe au dirigeant. L'article 3:112 du Code civil hongrois interdit aux associés de donner des instructions au « vezető tisztségviselő », sauf en cas d'associé unique.
La position polonaise est la plus instructive, car c'est la plus récente. Depuis le 13 octobre 2022, le Code des sociétés commerciales autorise une société mère à émettre une « wiążące polecenie » à l’intention d’une filiale, mais uniquement au sein d’un « grupa spółek » enregistré et figurant au KRS, sous forme écrite, et uniquement lorsque le conseil d’administration de la filiale a décidé de l’exécuter. Le droit français aboutit à un résultat comparable grâce à la doctrine Rozenblum du 4 février 1985, qui admet que l’intérêt du groupe puisse justifier une décision intragroupe, mais uniquement dans certaines limites. L’interprétation est cohérente : un déficit de gouvernance au sein d’une filiale ne peut être comblé par une prise de décision accrue de la part de la société mère, car quelqu’un doit toujours occuper les fonctions au niveau local.
Prendre conscience du manque de gouvernance au niveau des filiales : le site a cessé de proposer des idées
Le signal est discret, c’est pourquoi il passe généralement inaperçu. Les résultats par rapport au plan peuvent sembler stables, car celui-ci a été établi avant le départ et le site continue d’exécuter ce qui a été convenu. Ce qui disparaît en premier, ce n’est pas la production, mais l’initiative, et l’absence de leadership au niveau des filiales, combinée au contrôle exercé par le siège, engendre un ensemble de symptômes reconnaissables.
- Les demandes de financement cessent d'arriver, et la liste des petits projets d'amélioration se vide sans que personne ne l'annule.
- Les escalades se transforment en confirmations. Le site rend compte de ce qui s'est passé plutôt que de demander une décision sur ce qui est sur le point de se produire.
- Les dépenses liées à la maintenance et à l'outillage tendent à privilégier la solution la plus sûre, car personne ne sait quel argument sera retenu à l'issue de l'examen.
- Le candidat interne qui aurait pu succéder au responsable parti cesse de donner son avis, ce que le parent interprète comme un manque de préparation.
Aucun de ces éléments n'apparaît comme un écart. Ils se manifestent sous la forme d'une absence, et une absence est difficile à faire figurer dans un dossier de réunion. À ce stade, le site s'y est déjà adapté.
Pourquoi cet effet s'amplifie à mesure que la durée de la procédure d'approbation centrale s'allonge ?
Aucune source fiable ne fixe de délai, en semaines ou en mois, pour la prise de contrôle par le siège social d'une filiale dont la direction est vacante, et il serait certes pratique, mais erroné, d'en avancer un. Les données disponibles indiquent une tendance qui s'accentue avec le temps, plutôt qu'une situation de rupture brutale. Deux mécanismes sont à l'origine de cette évolution.
Le premier, c'est la vitesse. McKinsey Une enquête menée auprès de plus de 1 200 cadres dans des entreprises internationales a révélé que moins de la moitié d'entre eux estimaient que les décisions étaient prises en temps opportun, que 61 % considéraient qu'au moins la moitié du temps consacré à la prise de décision était inefficace, et que ceux qui déclaraient que les décisions étaient prises rapidement étaient 1,98 fois plus susceptibles de signaler que celles-ci étaient de grande qualité. Bain & Company indiquent qu'il existe une corrélation entre l'efficacité des décisions et les résultats financiers, avec un niveau de confiance de 95 % ou plus, pour tous les pays, tous les secteurs d'activité et toutes les tailles d'entreprises étudiés. Ces deux enquêtes sont menées à l'échelle mondiale sur la base de déclarations des entreprises elles-mêmes ; elles établissent donc un lien de corrélation, et non un chiffre précis des coûts pour un site donné.
Le deuxième point concerne l'instance décisionnelle. Aghion, Bloom, Lucking, Sadun et Van Reenen, s'appuyant sur le World Management Survey et publiant dans le American Economic Journal : Économie appliquée En 2021, une étude a révélé que les entreprises qui avaient délégué davantage de pouvoirs du siège social aux directeurs d’usine locaux avant la Grande Récession avaient obtenu de meilleurs résultats que leurs homologues centralisées dans les secteurs les plus durement touchés. Selon leur modèle, cela s’explique par le fait que les périodes de turbulences augmentent la valeur des informations locales. Le Document de réflexion du CEPR Le résumé estime que les différences organisationnelles représentent environ 16 % des écarts de performance internationaux au cours de cette période. Les données portent sur les résultats des États-Unis et de dix pays de l'OCDE, à l'exclusion de l'Europe centrale et orientale ; il s'agit donc d'une conclusion générale concernant la délégation de pouvoirs en situation de pression. L'approbation par la direction éloigne les décisions des informations locales au moment où le site est le moins stable.
Quelle était la valeur réelle du dirigeant défunt ?
La preuve la plus probante de l'importance d'un dirigeant en particulier provient des données administratives danoises. Le document de travail de décembre 2010 Les PDG ont-ils une importance ? L'étude de Bennedsen, Perez-Gonzalez et Wolfenzon a porté sur les sociétés à responsabilité limitée danoises entre 1992 et 2003, couvrant 6 753 décès, dont 1 015 concernaient des dirigeants. Le rendement d'exploitation des actifs, corrigé en fonction du secteur d'activité, recule de 0,9 point de pourcentage à la suite du décès d'un dirigeant, soit une baisse de 11 % ; le décès d'un directeur général est associé à une baisse de 1,7 point et celui d'un proche à une baisse de 0,7 point. Ce chiffre de 0,9 regroupe les deux cas et ne correspond pas à l'effet propre au décès d'un directeur général.
Les travaux relatifs à l'hospitalisation, décrits dans le Communiqué de l'INSEAD d'avril 2020, porte sur près de 13 000 dirigeants d'entreprise danois entre 1996 et 2012 ; il apparaît que les hospitalisations d'une durée de cinq à sept jours sont associées à une baisse de 7 % de la rentabilité au cours de l'année de la maladie. C’est la comparaison qui importe plus que l’ampleur du phénomène : c’est l’absence du directeur général qui a produit ces effets, et non celle d’autres cadres supérieurs. Il s’agit de données nationales portant sur les directeurs généraux d’entreprises et non sur les responsables de sites de filiales ; il convient donc de les considérer comme indicatives.
Gestion d'un chantier à l'étranger après le départ : les conditions d'une intervention fiable
La solution ne consiste pas à assouplir les autorisations ni à se contenter d'espérer. Il s'agit de redonner le pouvoir à celui qui détient l'information, à savoir une personne en qui les parents peuvent avoir confiance. L'ordre des étapes est tout aussi important que la rapidité.
- Déterminer qui occupe le poste et quelles décisions l'entité est légalement habilitée à prendre. Il s'agit là d'une question juridique avant tout, et non d'une question de gestion ; en Pologne, en Tchéquie et en Hongrie, la réponse dépend du registre et du statut légal du dirigeant.
- Il convient de distinguer les décisions qui relèvent de la société mère de celles qui y ont été transférées uniquement parce que le site ne disposait de personne pour les prendre. Le capital dépassant un certain seuil, la trésorerie et la politique tarifaire relèvent définitivement de la société mère. Ce n'est pas le cas d'un arrêt pour maintenance.
- Désignez un seul décideur sur le site, doté d'une habilitation écrite et d'un mandat défini. Une organisation par intérim non définie engendre la même hésitation qu'une procédure d'approbation centralisée, avec en plus un manque de visibilité.
- Rétablissez progressivement le flux de propositions. Demandez les dossiers de peine capitale que le site a cessé de soumettre et triez-en rapidement les premiers, car le site vérifie si le changement est bien réel.
L’objection à la nomination d’un dirigeant extérieur à ce poste mérite une réponse directe. Ballinger et Marcel, dans le *Strategic Management Journal*, ont constaté que les successions de directeurs généraux par intérim étaient associées à une baisse des performances pendant la période d’intérim. Cette étude portait sur des entreprises américaines cotées en bourse, où les dirigeants par intérim étaient souvent issus du conseil d’administration et nommés en cas de défaillance de la gouvernance, sans successeur désigné ni pouvoir discrétionnaire clair. Ces défaillances découlent d’une nomination dépourvue d’autorité, ce qui en fait un débat sur la conception du mandat.
Foire aux questions
Combien de temps le système d'autorisation centralisé peut-il fonctionner en toute sécurité ?
Aucune source ne fixe de seuil, et tout chiffre avancé relève davantage des données commerciales que d’une constatation. Le meilleur critère est d’ordre comportemental plutôt que chronologique. Le système d’approbation centralisé fonctionne tant que le site formule des propositions, les transmet rapidement à ses supérieurs et défend son point de vue ; c’est lorsque les propositions cessent d’affluer que les coûts commencent à se faire sentir.
Quels objets devraient rester définitivement chez le parent ?
Tout ce qui relève du groupe plutôt que du site : un capital supérieur à un seuil défini, les mandats en matière de trésorerie et d’opérations bancaires, la politique tarifaire du groupe et la nomination du responsable du site. Le droit des sociétés soutient cette distinction. La société mère dispose de droits légitimes en tant que propriétaire, exercés par le biais de l’assemblée générale des actionnaires ou de son équivalent, et ceux-ci s’exercent différemment de la gestion quotidienne. C’est en les confondant que l’on crée un vide de gouvernance au sein de la filiale.
Comment savoir si le site a cessé de prendre des décisions ?
Comptez les éléments reçus au cours du dernier trimestre par rapport au trimestre précédant le départ : demandes de budget formulées par le site, propositions d’amélioration soumises et escalades parvenues avant un événement plutôt qu’après. Une baisse de ces chiffres alors que la production reste stable constitue l’indicateur précoce le plus clair dont on dispose. Cela ne nécessite aucun nouveau rapport.
Cela s'applique-t-il aussi bien à une usine qu'à une entreprise rurale ?
Cela s'applique aux deux types d'entités et le mécanisme est le même, mais les symptômes diffèrent. Dans une entreprise de services, l'effet se manifeste d'abord au niveau de la réactivité commerciale, de la tarification et des engagements pris envers les clients. Dans une usine, il se traduit par le report des opérations de maintenance, les décisions relatives à l'outillage et la réaction face à un problème de qualité. Une usine dispose d'une « base plus solide », car la production se poursuit quoi qu'il arrive, ce qui masque la dérive plus longtemps.
Qu'est-ce qui permet réellement de rétablir l'autorité sur le site ?
Une personne au sein de l'entreprise disposant d'un pouvoir de décision écrit, d'un mandat à durée déterminée et d'une ligne hiérarchique qui ne renvoie pas chaque décision vers la maison mère. Le poste au registre doit être pourvu dès la nomination afin que la personne puisse signer. L'échec de la gestion d'un site à l'étranger après le départ du responsable n'est le plus souvent pas dû au fait qu'une mauvaise personne ait été nommée, mais au fait que le contrôle exercé par le siège sur la direction de la filiale n'a jamais été levé. Consultez notre analyse d’un Manque de personnel d'encadrement dans l'usine slovaque à l'approche d'un audit client explique comment une date externe fixe modifie ce calcul.
La décision qui vous est désormais soumise
Le choix ne se résume pas à opposer « contrôle » et « absence de contrôle ». Il s'agit plutôt de décider s'il faut maintenir centralisés les pouvoirs de décision transfrontaliers jusqu'à l'arrivée d'un responsable permanent, ou s'il faut les restituer dès maintenant au site, à une personne capable de les assumer. La première option est défendable lorsque la période de transition est courte, que l’équipe locale est compétente et que la maison mère est réellement en mesure de prendre une décision. Elle est plus difficile à justifier lorsque le groupe mène son propre programme de restructuration, ou lorsque la décision à prendre porte sur la restructuration, la vente ou la fermeture du site.
Chacune de ces décisions nécessite une évaluation fiable des capacités de l'opération, et une structure qui a cessé de prendre des décisions n'est pas en mesure de la fournir. La solution consiste généralement à nommer un cadre au sein même de l'organisation, dont les pouvoirs sont clairement définis par écrit avant que la première décision difficile ne doive être prise. CE Intérimaire, qui fait partie de Valtus Alliance, intervient précisément dans ce créneau du corridor d’Europe centrale et orientale, où environ 95 % des mandats sont transfrontaliers. Un associé pourra vous expliquer en détail où se situent les compétences au sein de votre structure.
Un manque de personnel d'encadrement dans une usine slovaque avant un audit client examine une offre d'emploi dont la date correspond à celle fixée par quelqu'un d'autre. Combler un déficit de main-d'œuvre dans une usine polonaise explique comment l'autorité sur le site a été rétablie après le départ d'un directeur d'usine. Les deux cas décrivent ce même couloir comme illustrant cette situation.
Quand le contrôle exercé par le siège social devient le prochain problème
En bref
Un directeur de site en Tchéquie ou en Pologne démissionne, et en l’espace d’une semaine, le groupe approuve des bons de commande qu’il n’a jamais vus auparavant. Cette réaction est raisonnable, et pendant une courte période bien définie, elle est généralement justifiée. La difficulté réside dans la manière dont le siège social gère la vacance de poste à la direction de la filiale une fois que cette situation perdure. Les décisions s'enlisent, les pouvoirs de décision transfrontaliers reviennent à la maison mère, et le site cesse de proposer quoi que ce soit. Il faut rétablir l'autorité au niveau du site plutôt que de la lui transférer.
Le facteur déclencheur : les décisions qui étaient auparavant prises sur place sont désormais prises au siège social
Un directeur d'usine démissionne en donnant un préavis de quatre semaines, ou ne revient pas de son congé maladie, et le groupe réagit comme le font la plupart des groupes. Le pouvoir de décision local en matière de dépenses est suspendu, les bons de commande dépassant un seuil modeste sont transmis à la maison mère, et le directeur des opérations du groupe met en place une réunion hebdomadaire avec les responsables fonctionnels du site. Chaque mesure est justifiable, et dans les premiers jours, ces décisions s’avèrent généralement judicieuses.
Ce qui change, c'est le volume. L'ancien directeur d'usine réglait les dépenses d'outillage, les horaires de travail, le remplacement d'un fournisseur et un arrêt pour maintenance, souvent avant même le déjeuner. Ces décisions ne disparaissent pas avec le départ de cette personne, et personne au siège n'a prévu de les prendre en charge. Elles arrivent les unes après les autres, alors que le siège est déjà débordé.
Le 25 septembre 2025, Robert Bosch GmbH a annoncé une nouvelle réduction des effectifs au sein de sa division « mobilité », tandis que ZF Friedrichshafen a annoncé, le 6 août 2025, la fermeture progressive de l'usine ZF Slovakia située à Detva, comme l'indique l'Observatoire européen des restructurations d'Eurofound. Les groupes menant des programmes de ce type ont mobilisé leurs responsables décisionnaires plusieurs mois à l’avance. Un site et ses décisions courantes entrent désormais en concurrence avec cet agenda.
Il est plus difficile d'évaluer la gestion des filiales par le siège social lorsque les frontières entrent en jeu
La maison mère ne prend pas de mauvaises décisions. Elle prend ses décisions en se basant sur les informations qu’elle reçoit plutôt que sur celles qu’elle constate. Un responsable de l’approbation au sein du groupe consulte un dossier mensuel, un tableau des écarts et un rapport d’exceptions, tous exacts et tous agrégés a posteriori. Le directeur d’usine qui est parti a lu les mêmes chiffres, mais il a également parcouru les chaînes de production, a constaté quelle machine surchauffait et savait quel chef d’équipe remplaçait un collègue en congé de longue durée. Cette deuxième série d’informations ne figure jamais dans un dossier de rapport, et c’est souvent elle qui détermine si une validation est justifiée.
Cette distance est également d’ordre structurel. Sur Statistiques FATS d'Eurostat sur les flux entrants En 2023, les entreprises sous contrôle étranger employaient 15,5 % des personnes actives dans l'économie d'entreprise de l'UE, avec des parts de 27,5 % en Tchéquie et de 26,9 % en Roumanie. Le Office fédéral allemand de la statistique Une synthèse de ces mêmes données indique que la part de la valeur ajoutée générée par des entreprises sous contrôle étranger s'élève à 50 % en Slovaquie et à 40 % en Tchéquie. Ces chiffres couvrent l'ensemble de l'économie d'entreprise et non pas uniquement le secteur manufacturier, mais ils décrivent une région où une grande partie de l'activité industrielle est dirigée depuis l'étranger.
Les droits de décision transfrontaliers ne relèvent pas de la responsabilité des parents
Le droit des sociétés ne considère pas une filiale comme une extension de la société mère, et la situation varie selon les pays et les formes juridiques. En vertu de l'article 37 de la GmbHG allemande, les actionnaires peuvent donner des instructions à un Geschäftsführer, tandis qu'en vertu de l'article 76 de l'AktG, le Vorstand d'une Aktiengesellschaft gère la société sous sa propre responsabilité. La loi tchèque sur les sociétés commerciales (loi n° 90/2012 Coll.) prévoit que nul ne peut donner d'instructions à un « jednatel » concernant la « obchodní vedení » en dehors d'un « koncern » formellement constitué, et que le devoir de « péče řádného hospodáře » incombe au dirigeant. L'article 3:112 du Code civil hongrois interdit aux associés de donner des instructions au « vezető tisztségviselő », sauf en cas d'associé unique.
La position polonaise est la plus instructive, car c'est la plus récente. Depuis le 13 octobre 2022, le Code des sociétés commerciales autorise une société mère à émettre une « wiążące polecenie » à l’intention d’une filiale, mais uniquement au sein d’un « grupa spółek » enregistré et figurant au KRS, sous forme écrite, et uniquement lorsque le conseil d’administration de la filiale a décidé de l’exécuter. Le droit français aboutit à un résultat comparable grâce à la doctrine Rozenblum du 4 février 1985, qui admet que l’intérêt du groupe puisse justifier une décision intragroupe, mais uniquement dans certaines limites. L’interprétation est cohérente : un déficit de gouvernance au sein d’une filiale ne peut être comblé par une prise de décision accrue de la part de la société mère, car quelqu’un doit toujours occuper les fonctions au niveau local.
Prendre conscience du manque de gouvernance au niveau des filiales : le site a cessé de proposer des idées
Le signal est discret, c’est pourquoi il passe généralement inaperçu. Les résultats par rapport au plan peuvent sembler stables, car celui-ci a été établi avant le départ et le site continue d’exécuter ce qui a été convenu. Ce qui disparaît en premier, ce n’est pas la production, mais l’initiative, et l’absence de leadership au niveau des filiales, combinée au contrôle exercé par le siège, engendre un ensemble de symptômes reconnaissables.
Aucun de ces éléments n'apparaît comme un écart. Ils se manifestent sous la forme d'une absence, et une absence est difficile à faire figurer dans un dossier de réunion. À ce stade, le site s'y est déjà adapté.
Pourquoi cet effet s'amplifie à mesure que la durée de la procédure d'approbation centrale s'allonge ?
Aucune source fiable ne fixe de délai, en semaines ou en mois, pour la prise de contrôle par le siège social d'une filiale dont la direction est vacante, et il serait certes pratique, mais erroné, d'en avancer un. Les données disponibles indiquent une tendance qui s'accentue avec le temps, plutôt qu'une situation de rupture brutale. Deux mécanismes sont à l'origine de cette évolution.
Le premier, c'est la vitesse. McKinsey Une enquête menée auprès de plus de 1 200 cadres dans des entreprises internationales a révélé que moins de la moitié d'entre eux estimaient que les décisions étaient prises en temps opportun, que 61 % considéraient qu'au moins la moitié du temps consacré à la prise de décision était inefficace, et que ceux qui déclaraient que les décisions étaient prises rapidement étaient 1,98 fois plus susceptibles de signaler que celles-ci étaient de grande qualité. Bain & Company indiquent qu'il existe une corrélation entre l'efficacité des décisions et les résultats financiers, avec un niveau de confiance de 95 % ou plus, pour tous les pays, tous les secteurs d'activité et toutes les tailles d'entreprises étudiés. Ces deux enquêtes sont menées à l'échelle mondiale sur la base de déclarations des entreprises elles-mêmes ; elles établissent donc un lien de corrélation, et non un chiffre précis des coûts pour un site donné.
Le deuxième point concerne l'instance décisionnelle. Aghion, Bloom, Lucking, Sadun et Van Reenen, s'appuyant sur le World Management Survey et publiant dans le American Economic Journal : Économie appliquée En 2021, une étude a révélé que les entreprises qui avaient délégué davantage de pouvoirs du siège social aux directeurs d’usine locaux avant la Grande Récession avaient obtenu de meilleurs résultats que leurs homologues centralisées dans les secteurs les plus durement touchés. Selon leur modèle, cela s’explique par le fait que les périodes de turbulences augmentent la valeur des informations locales. Le Document de réflexion du CEPR Le résumé estime que les différences organisationnelles représentent environ 16 % des écarts de performance internationaux au cours de cette période. Les données portent sur les résultats des États-Unis et de dix pays de l'OCDE, à l'exclusion de l'Europe centrale et orientale ; il s'agit donc d'une conclusion générale concernant la délégation de pouvoirs en situation de pression. L'approbation par la direction éloigne les décisions des informations locales au moment où le site est le moins stable.
Quelle était la valeur réelle du dirigeant défunt ?
La preuve la plus probante de l'importance d'un dirigeant en particulier provient des données administratives danoises. Le document de travail de décembre 2010 Les PDG ont-ils une importance ? L'étude de Bennedsen, Perez-Gonzalez et Wolfenzon a porté sur les sociétés à responsabilité limitée danoises entre 1992 et 2003, couvrant 6 753 décès, dont 1 015 concernaient des dirigeants. Le rendement d'exploitation des actifs, corrigé en fonction du secteur d'activité, recule de 0,9 point de pourcentage à la suite du décès d'un dirigeant, soit une baisse de 11 % ; le décès d'un directeur général est associé à une baisse de 1,7 point et celui d'un proche à une baisse de 0,7 point. Ce chiffre de 0,9 regroupe les deux cas et ne correspond pas à l'effet propre au décès d'un directeur général.
Les travaux relatifs à l'hospitalisation, décrits dans le Communiqué de l'INSEAD d'avril 2020, porte sur près de 13 000 dirigeants d'entreprise danois entre 1996 et 2012 ; il apparaît que les hospitalisations d'une durée de cinq à sept jours sont associées à une baisse de 7 % de la rentabilité au cours de l'année de la maladie. C’est la comparaison qui importe plus que l’ampleur du phénomène : c’est l’absence du directeur général qui a produit ces effets, et non celle d’autres cadres supérieurs. Il s’agit de données nationales portant sur les directeurs généraux d’entreprises et non sur les responsables de sites de filiales ; il convient donc de les considérer comme indicatives.
Gestion d'un chantier à l'étranger après le départ : les conditions d'une intervention fiable
La solution ne consiste pas à assouplir les autorisations ni à se contenter d'espérer. Il s'agit de redonner le pouvoir à celui qui détient l'information, à savoir une personne en qui les parents peuvent avoir confiance. L'ordre des étapes est tout aussi important que la rapidité.
L’objection à la nomination d’un dirigeant extérieur à ce poste mérite une réponse directe. Ballinger et Marcel, dans le *Strategic Management Journal*, ont constaté que les successions de directeurs généraux par intérim étaient associées à une baisse des performances pendant la période d’intérim. Cette étude portait sur des entreprises américaines cotées en bourse, où les dirigeants par intérim étaient souvent issus du conseil d’administration et nommés en cas de défaillance de la gouvernance, sans successeur désigné ni pouvoir discrétionnaire clair. Ces défaillances découlent d’une nomination dépourvue d’autorité, ce qui en fait un débat sur la conception du mandat.
Foire aux questions
Combien de temps le système d'autorisation centralisé peut-il fonctionner en toute sécurité ?
Aucune source ne fixe de seuil, et tout chiffre avancé relève davantage des données commerciales que d’une constatation. Le meilleur critère est d’ordre comportemental plutôt que chronologique. Le système d’approbation centralisé fonctionne tant que le site formule des propositions, les transmet rapidement à ses supérieurs et défend son point de vue ; c’est lorsque les propositions cessent d’affluer que les coûts commencent à se faire sentir.
Quels objets devraient rester définitivement chez le parent ?
Tout ce qui relève du groupe plutôt que du site : un capital supérieur à un seuil défini, les mandats en matière de trésorerie et d’opérations bancaires, la politique tarifaire du groupe et la nomination du responsable du site. Le droit des sociétés soutient cette distinction. La société mère dispose de droits légitimes en tant que propriétaire, exercés par le biais de l’assemblée générale des actionnaires ou de son équivalent, et ceux-ci s’exercent différemment de la gestion quotidienne. C’est en les confondant que l’on crée un vide de gouvernance au sein de la filiale.
Comment savoir si le site a cessé de prendre des décisions ?
Comptez les éléments reçus au cours du dernier trimestre par rapport au trimestre précédant le départ : demandes de budget formulées par le site, propositions d’amélioration soumises et escalades parvenues avant un événement plutôt qu’après. Une baisse de ces chiffres alors que la production reste stable constitue l’indicateur précoce le plus clair dont on dispose. Cela ne nécessite aucun nouveau rapport.
Cela s'applique-t-il aussi bien à une usine qu'à une entreprise rurale ?
Cela s'applique aux deux types d'entités et le mécanisme est le même, mais les symptômes diffèrent. Dans une entreprise de services, l'effet se manifeste d'abord au niveau de la réactivité commerciale, de la tarification et des engagements pris envers les clients. Dans une usine, il se traduit par le report des opérations de maintenance, les décisions relatives à l'outillage et la réaction face à un problème de qualité. Une usine dispose d'une « base plus solide », car la production se poursuit quoi qu'il arrive, ce qui masque la dérive plus longtemps.
Qu'est-ce qui permet réellement de rétablir l'autorité sur le site ?
Une personne au sein de l'entreprise disposant d'un pouvoir de décision écrit, d'un mandat à durée déterminée et d'une ligne hiérarchique qui ne renvoie pas chaque décision vers la maison mère. Le poste au registre doit être pourvu dès la nomination afin que la personne puisse signer. L'échec de la gestion d'un site à l'étranger après le départ du responsable n'est le plus souvent pas dû au fait qu'une mauvaise personne ait été nommée, mais au fait que le contrôle exercé par le siège sur la direction de la filiale n'a jamais été levé. Consultez notre analyse d’un Manque de personnel d'encadrement dans l'usine slovaque à l'approche d'un audit client explique comment une date externe fixe modifie ce calcul.
La décision qui vous est désormais soumise
Le choix ne se résume pas à opposer « contrôle » et « absence de contrôle ». Il s'agit plutôt de décider s'il faut maintenir centralisés les pouvoirs de décision transfrontaliers jusqu'à l'arrivée d'un responsable permanent, ou s'il faut les restituer dès maintenant au site, à une personne capable de les assumer. La première option est défendable lorsque la période de transition est courte, que l’équipe locale est compétente et que la maison mère est réellement en mesure de prendre une décision. Elle est plus difficile à justifier lorsque le groupe mène son propre programme de restructuration, ou lorsque la décision à prendre porte sur la restructuration, la vente ou la fermeture du site.
Chacune de ces décisions nécessite une évaluation fiable des capacités de l'opération, et une structure qui a cessé de prendre des décisions n'est pas en mesure de la fournir. La solution consiste généralement à nommer un cadre au sein même de l'organisation, dont les pouvoirs sont clairement définis par écrit avant que la première décision difficile ne doive être prise. CE Intérimaire, qui fait partie de Valtus Alliance, intervient précisément dans ce créneau du corridor d’Europe centrale et orientale, où environ 95 % des mandats sont transfrontaliers. Un associé pourra vous expliquer en détail où se situent les compétences au sein de votre structure.
Connaissances connexes
Un manque de personnel d'encadrement dans une usine slovaque avant un audit client examine une offre d'emploi dont la date correspond à celle fixée par quelqu'un d'autre. Combler un déficit de main-d'œuvre dans une usine polonaise explique comment l'autorité sur le site a été rétablie après le départ d'un directeur d'usine. Les deux cas décrivent ce même couloir comme illustrant cette situation.
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