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Lorsque plusieurs usines de CEE modifient leurs capacités de production simultanément, qui définit l'ordre dans lequel ces changements doivent être mis en œuvre ?

Esquisse au crayon d'une carte de l'Europe centrale et de l'Est où les voies ferrées provenant d'usines tchèques, slovaques et roumaines convergent vers un aiguillage, des wagons chargés de machines en caisses arrivant tous en même temps et le levier de l'aiguillage laissé sans surveillance.

En bref

La restructuration d'un site multi-sites échoue en raison de l'ordre des opérations plutôt que de l'intention. Chaque réduction, transfert et augmentation de capacité est associé à un responsable, à une analyse de rentabilité et à un plan par étapes. L'ordre dans lequel ils s'enchaînent ne tient compte d'aucun de ces éléments. Les ingénieurs partagés, les validations des clients et les calendriers nationaux de consultation sont des ressources limitées. Trois programmes faisant appel aux mêmes ressources au cours d’un même trimestre se feront concurrence. Cette concurrence n’apparaît dans aucun rapport de projet et ne figure dans le budget de personne jusqu’à ce qu’un client s’en aperçoive.

Trois sites changent au cours du même trimestre, et chaque plan part du principe qu'il est le seul concerné

Un groupe approuve une réduction des effectifs dans une usine. Sur un deuxième site, il approuve une fermeture et un transfert des activités. Sur un troisième, il approuve l'augmentation de capacité nécessaire pour absorber ce volume supplémentaire. Chaque décision est fondée, avec un responsable, une économie validée et une date. Rien dans cette structure ne permet de déterminer si une seule entreprise est en mesure de mettre en œuvre ces trois mesures simultanément.

Compte tenu de l'ampleur de cette activité, les chevauchements constituent la norme plutôt qu'une exception. CLEPA a fait état de 18 900 suppressions d’emplois annoncées chez les équipementiers automobiles européens au premier semestre 2026. Ce chiffre est inférieur de 35 % à celui du second semestre 2025, alors que 4 840 emplois ont été créés. Ces chiffres correspondent à des annonces et non à des suppressions effectives. Chacune d’entre elles se traduit par un programme de restructuration multi-sites au sein d’un réseau.

Strategy& a adopté un point de vue similaire dans son étude “ Automotive Supplier Study 2026 ”. Selon cette étude, les ajustements de capacité et la réduction de la dette « doivent s'accélérer considérablement afin de libérer des capitaux pour de futurs investissements ».

La rapidité au niveau du groupe et celle au niveau du site sont deux notions différentes. La restructuration d’une usine multi-sites met en évidence cette différence dès le premier trimestre. Un conseil d’administration peut approuver trois changements au cours d’une même réunion. Le groupe les met en œuvre par l’intermédiaire des mêmes ingénieurs et des mêmes équipes qualité. Il a également besoin des quelques personnes qui connaissent le fonctionnement d’une ligne de production.

Pourquoi la restructuration d'une usine multi-sites est-elle plus difficile au niveau international ?

Chaque site relève d’une équipe nationale différente. Chaque changement est mené comme un programme à part entière, selon son propre cadre juridique et ses propres modalités en matière de relations sociales. Le directeur des opérations du groupe, lorsqu’il examine la vue d’ensemble du portefeuille, voit trois projets d’ampleur similaire. La vue par site montre trois obligations à la charge de l’employeur, trois groupes de représentants du personnel et trois groupes de clients à informer. Aucun de ces processus ne peut être condensé pour s’adapter au calendrier du groupe.

La procédure de licenciement collectif s'inspire de la directive 98/59/CE du Conseil relative aux licenciements collectifs. Les obligations applicables relèvent du droit national. La Tchéquie applique le Code du travail (loi n° 262/2006 Coll.) et en informe l'Office du travail, l'Úřad práce. La Slovaquie applique l'article 73 de son Code du travail (loi n° 311/2001 Coll.). La Pologne applique la loi du 13 mars 2003 relative aux licenciements collectifs. La Hongrie applique le Code du travail (loi n° I de 2012) et la Roumanie, le Code du travail (loi n° 53/2003).

Lorsqu’un changement est assimilé à un transfert d’entreprise, la directive 2001/23/CE relative aux transferts d’entreprises prévoit une obligation d’information spécifique. Une fois que les États membres auront transposé la directive (UE) 2025/2450 modifiant la directive 2009/38/CE relative aux comités d'entreprise européens, les questions transnationales feront l'objet d'une étape de consultation supplémentaire. En Allemagne, les sites d’origine font intervenir le Betriebsrat et, dans le secteur automobile, le syndicat IG Metall. Les changements de capacité au sein du réseau d’Europe centrale et orientale (PECO) sont donc déclenchés par des éléments différents selon les pays, et un calendrier de groupe ne permet pas de les harmoniser.

Les transferts parallèles d'usines mettent les ressources du groupe en concurrence

L'approbation du client suit son propre calendrier. La norme IATF 16949 définit les modalités de maîtrise des changements à la clause 8.5.6.1, notamment la notification au client et l'obtention de son accord en cas de changement de site de fabrication. Le manuel PPAP de l'AIAG considère la production provenant d'une autre usine comme un élément déclenchant la soumission d'un dossier.

Au sein d'un groupe chargé de gérer simultanément plusieurs transferts d'usine, plusieurs dossiers parviennent à la même équipe qualité du client au cours des mêmes semaines. C'est alors cette équipe qui donne le rythme. La même concurrence s'applique aux ingénieurs chargés du lancement, aux ingénieurs qualité des fournisseurs et aux équipes de maintenance qui se chargent du déplacement des équipements. Le récit de CE Interim sur transfert des outillages lors de la fermeture d'une usine en Hongrie illustre le problème des deux horloges sur un site. Un réseau le multiplie.

Comment déterminer si la commande n'a pas de propriétaire

Les premiers signes ne sont pas d'ordre financier. Ils se manifestent dans les discussions sur les ressources, ainsi que dans le décalage entre ce que rapporte chaque usine et ce que le groupe estime être la réalité.

  • Le groupe demande au site destinataire de lancer les activités transférées au cours du trimestre où il réduit ses effectifs.
  • Deux usines réservent les mêmes ingénieurs de lancement pour les mêmes semaines, puis règlent cela entre elles.
  • Tous les projets respectent le calendrier prévu, mais personne au niveau du groupe ne peut dire quelle modification sera terminée en premier.
  • Plusieurs opérations sont transmises séparément aux clients, sans qu'ils aient une vue d'ensemble de la file d'attente.
  • Un site expéditeur planifie la constitution de son stock tampon après l'envoi des avis, et non avant.

Chacun de ces éléments est courant dans un réseau très fréquenté. Ensemble, ils montrent que la séquence n'existe qu'en tant que somme de plans individuels, ce qui signifie que personne ne l'a décidée.

La coordination d'une restructuration impliquant plusieurs sites nécessite une personne capable de faire patienter un site

La coordination d'une restructuration impliquant plusieurs sites nécessite qu'une seule personne dispose de l'autorité nécessaire pour décider de l'ordre d'exécution. Cela inclut le pouvoir d'informer le directeur d'une usine qu'une date approuvée a été modifiée. Dans le cadre d'une restructuration impliquant plusieurs sites, cette autorité émane du groupe, car aucun site ne retardera son propre programme. Avant toute planification, le responsable du projet définit, dans l'ordre :

  1. Quelles modifications font appel aux mêmes ressources en matière d'ingénierie, de qualité et de maintenance, et au cours de quelles semaines ?.
  2. Lorsque plusieurs autorisations parviennent simultanément au même client.
  3. Quelles sont les obligations de notification et de consultation applicables dans chaque pays, et lesquelles d'entre elles prévoient une date butoir ?.
  4. Un site expéditeur doit-il avoir terminé la constitution de son stock tampon avant l'envoi des avis ?.
  5. Quels sites de réception peuvent prendre en charge du travail dès maintenant, et lesquels doivent attendre que leur propre mise à jour soit effectuée ?.

À qui revient le pouvoir de décision dans le cadre d'une restructuration d'usine multi-sites ?

La responsabilité de la planification hiérarchique se situe au-dessus des sites et en dessous du conseil d'administration. Dans la plupart des groupes, cela revient au directeur des opérations (COO), secondé par un directeur de la restructuration lorsque le programme est assorti de conditions de financement. Le test est simple : cette personne peut-elle modifier la date de mise en service d'une usine sans faire remonter l'information à ses supérieurs, et l'usine s'y conformera-t-elle ? Si la réponse est non, la coordination au sein du groupe n'existe que de nom et non dans les faits.

La dimension transfrontalière dans la pratique

Un planificateur travaillant uniquement depuis le siège social a une vue d'ensemble des plans, tandis que celui qui travaille uniquement depuis un site ne voit que ce site. Ce poste nécessite les deux perspectives. Cela implique de considérer une négociation de plan social en Allemagne, une obligation de notification en République tchèque et une étape de consultation en Roumanie comme un seul et même calendrier. CE Interim, qui fait partie de Valtus Alliance, intervient dans la restructuration d'usines multi-sites au-delà des frontières. La contrainte déterminante réside rarement dans les capacités d’un seul site, mais presque toujours dans la capacité globale à gérer plusieurs sites simultanément.

Ce que révèlent les transferts consignés

Observatoire européen des restructurations d'Eurofound Cette annonce fait suite à celle de Lear, datée du 11 août 2026, indiquant que la production à Gründau, en Hesse, prendrait fin. Cette fermeture touche environ 180 emplois dans les secteurs de la production et de la logistique, la date de fermeture prévue étant le 30 juin 2027. Les capacités de production restantes seront transférées en Slovaquie, en Serbie et en Tunisie. Une fermeture se traduit par trois sites de réception dans trois pays, dont un seul au sein de l’Union européenne. Eurofound indique également que le comité d’entreprise et le syndicat IG Metall s’opposent à cette décision.

Ce phénomène se répète dans toute la région. Selon les données d'Eurofound, Produits Inteva a annoncé le 16 mai 2026 la fermeture de son usine de Rychnov u Jablonce nad Nisou. La production est transférée en Roumanie, et le groupe conserve deux autres usines en République tchèque. En Bulgarie, Eurofound fait état de Réseaux de bord SE en fermant son usine de Mezdra et en supprimant une centaine d'emplois à Karnobat. Ce site a poursuivi son activité à capacité réduite, et la production a été transférée en Moldavie et en Roumanie. Il s'agit là d'un groupe qui gère simultanément une fermeture, une réduction d'effectifs et deux pays d'accueil.

L'analyse du secteur par Eurofound c'est que cette réorganisation est inégale d'un point de vue géographique. Les sites d'un même groupe n'évoluent donc pas tous de la même manière. Il faut que quelqu'un décide de l'ordre entre eux plutôt que de le reprendre tel quel. La note de CE Interim sur le Fermetures d'usines Bosch suit la même tendance à la délocalisation des emplois vers l'Europe centrale et orientale depuis l'Allemagne.

Foire aux questions

Qui devrait définir l'enchaînement des étapes d'une restructuration d'usine impliquant plusieurs sites ?

Une personne désignée disposant d’une autorité au niveau du groupe, généralement le directeur des opérations (COO) du groupe ou un cadre supérieur qui lui rend compte. La direction du site ne peut pas assumer cette responsabilité, car chaque directeur d’usine est responsable d’une date dont l’ordre pourrait devoir être modifié. Un seul responsable fonctionnel ne peut pas non plus assumer cette responsabilité, car les conflits concernent à la fois l’ingénierie, la qualité, les ressources humaines et la logistique. Ce rôle nécessite une autorité sur l’ensemble du processus, et non une expertise approfondie dans une seule fonction.

Qu'est-ce qui entre réellement en conflit lorsque des modifications sont exécutées en parallèle ?

Les ressources partagées et limitées sont les premières à poser problème : ingénieurs de lancement, ingénieurs qualité chez les fournisseurs, équipes de maintenance et capacité d’approbation des clients. Les calendriers de consultation posent un autre type de problème, car leur durée est fixée par la réglementation nationale. Le capital est le dernier à poser problème, lorsque les coûts de transition sur deux sites tombent au cours de la même période comptable. Au sein d’un groupe menant de front plusieurs transferts d’usines, les sites destinataires sont généralement confrontés à ces trois types de difficultés.

Un bureau chargé des programmes collectifs peut-il s'en charger ?

Dans le cadre d'une restructuration d'usine impliquant plusieurs sites, c'est souvent le bureau de programme qui détecte en premier lieu les conflits. Or, il ne dispose généralement pas de l'autorité nécessaire pour les résoudre, car son rôle consiste à rendre compte de l'avancement des travaux plutôt qu'à diriger les sites. Lorsqu'il dispose d'un réel pouvoir de décision concernant les échéances et que le groupe veille à leur respect, il peut alors garantir le bon déroulement des opérations. Dans le cas contraire, il se contente de consigner un problème sur lequel personne ne peut agir.

De quelle autorisation le séquençage a-t-il besoin ?

Il faut disposer de l'autorité nécessaire pour modifier une date approuvée et pour suspendre un transfert jusqu'à ce que le site destinataire soit prêt. Les ressources techniques et qualité partagées doivent pouvoir être transférées d’une usine à l’autre sur la base de cette même autorisation. Le titulaire de ce poste doit également avoir une vue d’ensemble de la situation de chaque pays en matière de notification, car une date butoir que la procédure juridique ne peut pas prendre en charge n’est pas une date valable. Sans la première de ces compétences, la coordination d’une restructuration multi-sites reste purement consultative, et cette coordination consultative s’incline face à un directeur d’usine défendant une échéance déjà engagée.

Que se passe-t-il lorsque deux sites ont la même date limite ?

L'un d'entre eux intervient, soit par décision, soit par constat. « Décider » signifie choisir quel site doit patienter, en informer le client à l'avance et adapter le profil d'économies. « Constat » signifie découvrir qu'un lancement prend du retard ou que l'usine ne respecte pas un délai de livraison. C'est alors le client qui définit l'ordre des opérations. Aucune donnée publiée ne montre comment les groupes organisent généralement l'enchaînement des changements de capacité du réseau CEE ; la pratique courante ne permet donc pas de trancher la question.

La décision qui s'impose au groupe

Une fois que le groupe a pris ses décisions concernant son implantation géographique, la restructuration d’un réseau d’usines ne se résume plus à choisir entre restructurer, vendre ou fermer un site particulier. La question porte alors sur l’ordre dans lequel ces mesures seront mises en œuvre. Soit le groupe applique ces décisions selon un ordre qu’il a lui-même choisi, soit selon un ordre imposé de l’extérieur. Sinon, ce sont les files d’attente pour l’approbation des clients, les obligations de consultation au niveau national et l’état de préparation du site d’accueil qui la détermineront. Choisir l’ordre dès maintenant relève d’une décision de planification, prise tant que les dates restent internes. Le découvrir plus tard revient à manquer une échéance, alors que le profil d’économies a déjà été engagé auprès d’un prêteur ou d’un conseil d’administration.

Le critère pratique consiste à savoir si un membre du groupe est en mesure de demander à un directeur d’usine de patienter et s’il dispose du temps nécessaire pour le faire. Lorsque les cadres qui pourraient assumer cette fonction gèrent déjà les changements qu’ils devraient ordonner, ces deux fonctions se disputent le même temps. Certains groupes font appel à un directeur de programme par intérim chargé de gérer la planification pendant toute la durée du programme. Lorsque les ressources internes sont suffisantes, cette responsabilité doit rester au sein du groupe. Dans tous les cas, l’ordre d’exécution est fixé, soit par le groupe, soit par ses clients et leurs calendriers.

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